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Lettre ouverte à l’attention de Madame la Mairesse de Montréal

25 March 2019


 

Madame Valérie Plante

Mairesse de Montréal

et les Membres du Conseil municipal 

Hôtel de Ville

275, rue Notre-Dame Est, Bureau 1.113

Montréal, Québec, H2Y 1C6

 

Salutations en mon nom personnel et au nom de tous les Grecs-Melkites catholiques du Québec et de tout le Canada.

 

Il y a plus de 15 ans, j'étais très enthousiaste à l'idée de planter mon cœur dans le cœur de cette terre du Québec, riche en culture et en histoire. Attiré par le rêve canadien, le premier immigrant libanais qui était de mon Église Melkite est arrivé à Montréal en 1882, suivi peu après d'une émigration massive. Comme résultat, notre Paroisse Saint-Sauveur, première église moyen-orientale à Montréal, et au Canada, a été canoniquement fondée en 1892 par l'archevêque catholique romain de Montréal, Mgr Édouard-Charles Fabre. 

 

Notre bien-aimé le Québec, et Montréal en particulier, a été le théâtre de nombreuses luttes de société: Expression de soi linguistique, culturelle et religieuse, auto-gouvernance, harmonie sociale et paix entre les religions. Avec mes compatriotes québécois, je ressens une forte parenté. Pour moi et pour beaucoup de gens que je connais, pas seulement des chrétiens mais aussi des gens d'autres religions, et même des non-croyants, le crucifix signifie cette parenté et cette solidarité entre eux. 

 

En décidant de retirer le crucifix de la salle du Conseil municipal et le déposer dans une section muséale dans l'hôtel de ville, vous nous avez tous fait très mal. Nous estimons que vous avez rejeté un symbole important de notre collaboration pour la paix, la liberté et l’unité. Loin de symboliser la répression ou l'intolérance, ce crucifix a envoyé un puissant message d'inclusion. Il a proclamé que les pauvres, les souffrants, les opprimés et les marginalisés devraient toujours rester sous les yeux et dans la pensée de ceux qui font nos lois. 

 

Alors que la barre horizontale de la Croix représente notre condition humaine commune de souffrance, la barre verticale va vers le ciel, représentant ainsi nos idéaux et nos principes les plus élevés, comme la justice, la vérité et le bien. Dans le cas d'un crucifix, le corps de Jésus-Christ représente l'humanité à la croisée de ces deux voies, le lieu où la terre et le ciel se rencontrent. 

 

Les législateurs doivent également se tenir à ce message où nos idéaux et nos aspirations les plus élevés touchent le problème de l’injustice afin de le résoudre. Le crucifix est également un signe du pouvoir salvifique de la compassion. Sur la croix, le Christ assume la souffrance de l'humanité entière. Sur la croix, il se place carrément du côté des marginaux et des sans-droits. Nous savons très bien combien de personnes, privées de droits, ont traversé notre histoire, les souffrances des peuples autochtones du Canada, la répression de la langue et de la culture canadiennes-françaises. 

 

Pourquoi ne pas imiter le Christ et être solidaires des pauvres d’aujourd’hui? Comment ce message de compassion est-il en quelque sorte contraire aux valeurs de notre gouvernement local? J'espère que ni Montréal ni le Québec ne tomberont dans un iconoclasme ou ne censureront pas notre histoire nationale au nom du progrès. 

 

Chaque nouvelle génération de représentants du gouvernement supprimera-t-elle un autre élément essentiel de la fondation sur laquelle le Québec est né? Si oui, où cela finira-t-il? Avec chaque signe de rue, statue et sculpture effacées, et même le drapeau avec sa croix blanche et sa fleur-de-lys interdit à un usage public? 

 

Le crucifix est une réalité de notre identité municipale. Cette identité est cimentée par le passé, avec tous ses triomphes, ses défauts et ses erreurs. Je crois que nous devrions garder ensemble cette identité importante de notre voyage historique. 

 

Je vous prie d'agréer, Madame la Mairesse, et les Membres du Conseil Municipal, mes hommages respectueux. 

 

+ Mgr Ibrahim M. Ibrahim

   Évêque éparchial

 

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