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« Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »

8 December 2017


 

 

« Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »

Chers pères,

Chers frères et sœurs, mes bien-aimés dans le Christ,

La question posée par le docteur de la Loi : « Que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » donne l’occasion au Seigneur de rappeler l’unité essentielle entre la loi de Moïse et la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu : le sens de la vie éternelle et les moyens de s’y préparer sont les mêmes dans l’Ancienne et la Nouvelle Alliance. La vie éternelle est acquise par l’amour et le partage : D’une part l’amour de Dieu qui est la source de toute vie et l’amour du prochain, d’autre part, le partage avec ce prochain qui est à l’image de Dieu. En effet l’amour du prochain est une conséquence de la création voire même une forme de l’amour de Dieu. Il est impossible d’aimer l’Auteur de la création et en même temps de détester son œuvre. Inversement, il est illogique d’aimer l’homme et d’admirer l’univers sans rendre grâce à Celui qui en est l’origine. Ainsi, la Loi de Moïse ne disait pas autre chose que ce que le Christ est venu rappeler et enseigner de son propre exemple : la vie éternelle consiste à aimer Dieu et à aimer le prochain. Mais ce que le Seigneur ajoute ou précise par rapport à l’antique loi, c’est la notion du prochain.

En effet, pour un docteur de la Loi, comme celui qui questionne Jésus, le prochain c’est le membre de la même famille ou le compatriote. Or, ce que le Seigneur veut montrer par cet évangile, c’est que le prochain peut être n’importe qui, un parfait inconnu, un étranger, un hérétique... à qui il lui demande de distribuer son bien. Mais, selon l’évangile, l’homme riche est parti grandement affligé, non pas parce qu’il a beaucoup d’argent, mais parce qu’il est beaucoup attaché à ses biens.

Ce qui est important, ce n’est pas la vente et la distribution des biens aux pauvres, mais c’est de suivre le Christ sur son chemin. Suivre le Christ, c’est vivre de sa parole, se nourrir de son corps et de son sang dans l’Eucharistie. C’est vivre en Église.

Nous fêtons aujourd’hui, dans la liturgie latine, le Christ Roi de l’univers, où Il siège sur son trône et séparera les hommes, les uns des autres. Cette séparation se fait par rapport aux actes que nous avons faits à notre prochain, selon la parole du Christ : « chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » ou inversement.

À l’heure actuelle où nous assistons à un massacre mondial, je ne dirais pas contre les chrétiens uniquement, mais contre l’humanité entière, notamment dans le Proche et Moyen-Orient, je ne peux pas passer sans évoquer la difficile situation que traverse ces chrétiens qui témoignent de leur foi vivante en Jésus-Christ Ressuscité.

Depuis quelques années, le monde entier parle de la situation des chrétiens orientaux. Sans doute, les tristes nouvelles qui arrivent de ces pays, d’Irak, d’Égypte, de la Palestine, du Liban et actuellement de la Syrie, suscitent un intérêt particulier en ce moment, ce qui est une bonne chose, sauf si ce n’est que la plupart des titres de ces nouvelles se composent du verbe « disparaître » ou l’une de ses déclinaisons funestes.

Je suis un témoin oculaire de ce quotidien, car je suis l’évêque d’une grande ville au nord du Liban qui s’appelle Tripoli, à la frontière syrienne et d’une majorité musulmane. Cette ville, la capitale du nord libanais, est une micro-société du Liban, où nous avons vécu plusieurs guerres civiles ces dernières années à cause de ce qui se passe dans la région et surtout la guerre atroce en Syrie.

En tant que chrétien et qu’évêque, nous vivons, à Tripoli, paisiblement ensemble avec une grande partie de la population, avec un respect mutuel tout en incarnant la fameuse appellation du saint pape Jean-Paul II : « Le Liban est plus qu’un pays : c’est un message ». Il est un message de liberté, un exemple de pluralisme pour l’Orient comme pour l’Occident. Le Liban est un message de cohabitation islamo-chrétienne, un message de vivre-ensemble, un thème qui est à la mode actuellement partout dans le monde. Tandis que l’autre partie de cette population, refuse cette cohabitation et n’accepte même pas de travailler ensemble pour le bien commun de la ville.

Nous sommes actuellement une minorité dans cette ville et notre enjeu aujourd’hui d’être, avec la grâce du Seigneur, le sel et la lumière du monde. Nous avons choisi, à la suite du Christ, le chemin de l’amour, du dialogue et de la paix, au lieu du chemin de la haine de la fermeture et de la guerre. Ce n’est pas facile certes, mais la parole de l’évangile d’aujourd’hui me réconforte : « ce qui est impossible pour les hommes et possible pour Dieu ».

Je voudrais remercier le curé de cette paroisse l’archimandrite Antoine pour son accueil et sa présence.

Je suis très heureux d’être parmi vous ce dimanche dans cette belle église de Saint-Nicolas qui témoigne de notre présence en France depuis le 19ème siècle.

Je voudrais par ailleurs, vous souhaiter à vous tous et au Révérend Archimandrite Antoine une belle fête de Saint-Nicolas.  Que cette communauté Melkite à Marseille garde sa beauté, sa force, et son témoignage au sein de l’Eglise en France.

 

  Georges (Édouard) DAHER

Métropolite de Tripoli et de tout le nord du Liban

Pour les  grecs-melkites catholiques

Dimanche le 26/11/2017

 

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